Some like it hot!
Imager des molécules dans des cellules est un enjeu contemporain : il faut détecter de petites quantités dans de petits volumes et donc conjuguer haute sensibilité et haute résolution ! La spectroscopie IR est intéressante pour faire de l’imagerie chimique : parce qu’elle excite des niveaux vibrationnels, elle présente l’intérêt de ne pas induire de photoblanchiment. Elle est déjà utilisée en imagerie tissulaire. Mais passer à une détection sub-cellulaire est un défi : si l’on procède, comme avec un microscope classique, par une détection optique, la résolution ne peut pas être inférieure au µm en raison de la diffraction. Comment faire pour voir l’intérieur de cellules qui font 20, 10 ou 1 µm de diamètre? Ne pas détecter optiquement mais thermiquement !
Une équipe du laboratoire des BioMolécules a montré, en collaboration avec le Laboratoire de Chimie Physique et l’ENSCP, qu’il est possible d’utiliser un microscope à effet thermique pour localiser des complexes de type métal-carbonyle dans des cellules.
Ce microscope, développé par A. Dazzi au LCP, consiste à poser en mode contact une pointe AFM sur un objet irradié par un laser IR pulsé (le laser CLIO). Lorsque la longueur du laser est accordé dans un bande d’absorption du composé, celui-ci absorbe le rayonnement et échauffe son environnement très localement et très temporairement (le laser étant pulsé). Cet échauffement induit une dilation locale et une onde accoustique. Elle est ressentie par la pointe AFM qui se met à osciller. Cette oscillation est le signal AFM-IR. Les métaux carbonyles sont de bonnes sondes IR, avec deux bandes intenses dans la région 1800-2200 cm—1, zone du spectre où les milieux biologiques n’absorbent pas.
Il a été possible à ce consortium de chimistes, physiciens et biologistes, de visualiser un complexe de rhénium carbonyle à l’intérieur d’une cellule, après incubation à 10 µM pendant 1h. Ils ont pu aussi localiser le noyau grâce à sa signature IR propre, c’est-à-dire sans marqueurs exogènes, et montrer que la molécule était localisée au noyau...
Mieux encore, ils ont pu enregistrer un spectre IR au noyau et retrouver les signaux caractéristiques de la molécule au noyau d’une unique cellule !
Contact : Clotilde.Policar@ens.fr
Référence : Subcellular Imaging in the mid-IR of a Metal-Carbonyl Moiety using Photothermal Induced Resonance
Clotilde Policar*, Jenny-Birgitta Waern, Marie-Aude Plamont, Sylvain Clède, Céline Mayet, Rui Prazeres, Jaan-Michel Ortega, Anne Vessières, Alexandre Dazzi
Angew. Chemie, Int. Ed., 2011, 860, inside cover